Article pubié le 12 juin 2013

Dans certains cas (de secret, entre autres), tout se passe comme si un mort dans des circonstances dramatiques, honteuses, ou « injustes » ne pouvait s'en aller et restait attaché à la famille sous la forme d'un fantôme ou d'un revenant, caché ou mal enterré dans une crypte dans le cœur d'un descendant, et s'exprimant parfois comme un ventriloque et parfois sous la forme de symptômes répétitif et passant de l'inconscient d'un parent à l'inconscient d'un enfant.

Nicolas Abraham et Maria Tôrôk L'Ecorce et le Noyau

En psychogénéalogie, le fantôme désigne un élément psychique resté secret dans la psyché et qui se transmet dans les générations successives sous forme de maux, de maladies ou d'accidents.

En 1978, deux psychanalystes freudiens d'origine hongroise, Nicolas Abraham et Maria Tôrôk, publient « L'Ecorce et le Noyau », introduisant les notions de « crypte » et de « fantôme », à partir de leurs recherches cliniques.

Ils ont travaillé sur des cas de malades qui disaient qu'ils avaient posé certains actes sans comprendre pourquoi, ces affirmations étant confirmées par leurs familles. Ces patients semblaient avoir réellement « agi comme si c'était un autre ».

Nicolas Abraham et Maria Tôrôk ont émis l'hypothèse que tout se passait comme s'il y avait un fantôme agissant qui parlait pour les gens à la façon d'un « ventriloque » et même agissait à leur place.

Ce fantôme, serait comme un personnage qui sortirait de la tombe mal fermée d'un ancêtre « mal mort », après une mort difficile à accepter, ou un événement lié à la « honte » , ou une situation difficile pour la famille, quelque chose de très mal vu , ou un évènement péjoratif pour la mentalité d’un certaine époque. Par exemple un assassinat, une mort suspecte, la tuberculose, la syphilis, un internement, un séjour à l'hôpital psychiatrique, ou en prison, une faillite, une maladie « honteuse », un adultère, un inceste, certains accidents, etc.

Il s'agit d'oublier un évènement ou une personne disgraciée ou impliquée dans l’opprobre qui pèse sur une famille. La honte est toujours mêlée à ces évènements et on n’en parle pas.

Tout se passe comme si un membre de la famille gardait ce non-dit devenu un secret, et dont il était devenu le seul détenteur, dans son cœur, dans son corps, comme dans une « crypte » en lui, et que ce fantôme, de temps en temps, en sortait et agissait, après une ou deux générations.

Anne Ancelin Schützenberger : Aïe mes aïeux

En résumé, la crypte serait comme une inclusion d’une sorte d'inconscient artificiel logé au sein du Moi et le contenu secret a valeur de « crime » inavouable, entaché de honte

Le travail du fantôme dans l'inconscient

Le « fantôme » semble poursuivre son œuvre en silence et en secret. Il se manifeste par des mots occultés, par un non-dit, par un silence, par des béances dans la réalité, des lacunes laissées en soi par les secrets d'un autre.

Anne Ancelin Schützenberger : Aïe mes aïeux

Le fantôme est une formation de l'inconscient qui a pour particularité de n'avoir jamais été consciente [...] et de résulter du passage, dont le mode reste à déterminer, de l'inconscient d'un parent à l'inconscient d'un enfant.

Nicolas Abraham et Maria Tôrôk : L'Ecorce et le Noyau.

Le fantôme est le travail dans l'inconscient, du secret inavouable d'un autre (inceste, crime, bâtardise).

Nicolas Abraham et Maria Tôrôk : Ibid

Ce ne sont pas les trépassés qui viennent hanter, mais les lacunes laissées en nous par les secrets des autres.

Nicolas Abraham et Maria Tôrôk : Ibid

Sa manifestation, la hantise, est le retour du fantôme dans des paroles et actes bizarres, dans des symptômes.

Nicolas Abraham et Maria Tôrôk : Ibid

Le fantôme est une formation de l'inconscient qui a pour particularité de n'avoir jamais été consciente [...] et de résulter du passage, dont le mode reste à déterminer, de l'inconscient d'un parent à l'inconscient d'un enfant.

Nicolas Abraham et Maria Tôrôk : Ibid

Le fantôme est le travail dans l'inconscient, du secret inavouable d'un autre (inceste crime, bâtardise...). Sa loi est obligation de nescience.

Nicolas Abraham et Maria Tôrôk : Ibid

Le fantôme qui revient hanter est le témoignage de l'existence d'un mort enterré dans l'autre. [...] Il n'a pas d'énergie propre [...] il poursuit en silence son œuvre de déliaison. Ajoutons qu'il est supporté par des mots occultés, autant de gnomes invisibles qui s'appliquent à rompre, depuis l'inconscient, la cohérence des enchaînements.

Nicolas Abraham et Maria Tôrôk : Ibid

Commentaires

Commentaire de Nathalie Chassériau

Publié le 02 mai 2019

Haro sur les fantômes!

Nous avons tous notre petite idée sur les fantômes. Il y a les incrédules radicaux, les rationnels-sceptiques, les incertains-dubitatifs et pour finir ceux qui y croient dur comme fer, et en ont un peu peur.

Comme les anges, les fantômes font partie de l’histoire humaine; ils ont existé de tout temps et à toute latitude, dans toutes les civilisations et toutes les traditions. Plus ou moins actifs selon les époques, les «revenants» n’ont jamais vraiment cessé de faire parler d’eux. Et si les guéridons tournants et les esprits frappeurs de nos arrière-grands-mères n’ont plus la cote aujourd’hui, les fantômes n’ont pas disparu pour autant.

Mais qui sont-ils donc?

Dans les chamanismes et les traditions anciennes, les fantômes sont les âmes des ancêtres mal morts, c’est-à-dire morts dans le désordre, la haine ou la confusion: incapables de rejoindre leur destination naturelle -qu’il est convenu d’appeler «la lumière»- ces âmes damnées continuent à errer dans des plans intermédiaires, très proches de nous, et à tourmenter les pauvres vivants.

On parle beaucoup de fantômes en psychanalyse transgénérationnelle: ici il ne s’agit pas de créatures extérieures à nous qui rôderaient au-dessus de nos têtes, mais de structures psychiques intérieures, de formations de l’inconscient résultant «des lacunes laissées en nous par les secrets des autres»*.

Dans cette optique, le fantôme naît d’une relation directe, d'une empathie tout à fait inconsciente entre une personne vivante et le traumatisme subi par un ascendant défunt, trop douloureux ou honteux pour avoir été correctement introjecté** par celui-ci, et qu’il a enseveli au plus profond de son psychisme.

La caractéristique de ces fantômes est de se transmettre de l’inconscient d’un parent à celui d’un enfant, d’un grand-parent à un petit-enfant, d’un oncle à un neveu etc., selon des modalités encore inexpliquées.

Les fantômes sont les produits de secrets encryptés par ceux qui nous ont précédés.

Le travail du fantôme correspond à ce que Freud a décrit sous le nom de Thanatos ou instinct de mort: il se «nourrit» de mots indicibles, d’idées impensables, et porte à des répétitions infinies: s’il y a des familles «à divorce», «à suicide», «à naissances illégitimes», «à alcoolisme » etc., c’est parce que ces familles-là sont hantées par des fantômes qui poussent les individus à répéter, sans en avoir conscience, les comportements autodestructeurs des générations précédentes.

Tant que les fantômes n’auront pas été dévoilés, reconnus et aidés à rejoindre leur destination ultime, les catastrophes continueront à se répéter.

** Introjection : participation active et consciente à tous les événements de notre vie, heureux ou malheureux, qui ainsi deviennent expérience et s’intègrent à notre psychisme, en l’enrichissant.