Un article de Danièle FLAUMEMBAUM publié le 29 décembre 2014

L'encombrement du sexe par le transgénérationnel

Le sexe est porteur de pathologies qui concernent nos lignées des femmes lorsqu’il est encombré, souffrant, malade, stérile ou fécond de façon inopportune. Nous sommes héritières de celles qui nous ont mises au monde. C’est avec elles et par elles que nos organes féminins se mettent en place et acquièrent leurs fonctions. Nous héritons de leurs forces comme de leurs faiblesses.

Les règles douloureuses

« Jeune fille, quand j’avais mes règles, me dit Josiane en consultation, je ne pouvais rien faire d’autre que d’être allongée avec une bouillotte sur le ventre. C’était le seul moment où ma mère s’occupait de moi. »

Je lui demande alors :

  • Votre mère avait donc eu aussi des règles douloureuses ?

  • « Oui, mais sa mère lui disait qu’il ne fallait pas s’écouter. Ma grand-mère maternelle était une femme sévère qui travaillait dur. Elle-même n’avait jamais souffert de ses règles. C’était sa sœur aînée qui en souffrait et seule la chaleur du fer à repasser calmait ses douleurs. »

  • Et vous, vous êtes aussi l’aînée, comme votre mère et la sœur de votre grand-mère. Dans votre famille ce sont les filles aînées qui souffrent de leurs règles et cette souffrance se transmet d’une génération à l’autre.

Lorsqu’on étudie « les arbres gynécologiques », on trouve des schémas de répétitions semblables à celui-ci, qui font que les femmes héritent des mêmes problématiques que celles qui occupent la même place dans les générations antérieures. Cette répétition ne s’exprime pas obligatoirement avec les mêmes symptômes ni la même intensité. Elle signale que chacune en est affectée à sa manière et qu’il s’agit d’une « pathologie de lignée ». Dans le cas de Josiane, la grand-tante, la mère et la fille souffrent de la même chose, mais elles y réagissent et y font face à leur manière, avec les mœurs et les outils de leur époque. Pour sa grand-tante, c’était le fer à repasser, pour sa mère, il fallait ne pas s’écouter, pour elle, c’était la bouillotte et l’affectivité de sa mère qui la calmait.

La vie des femmes peut ainsi être scandée par des douleurs qui prennent régulièrement et répétitivement la direction de leur vie, et elles sont nombreuses à s’en plaindre :

« Les jours qui précèdent mes règles, j’ai toujours une déprime et lorsqu’elles arrivent, je me sens complètement vidée. »

« Mon ventre devient ballonné : je me sens lourde et oppressée.»

« Je voudrais vivre mon état de femme sereinement, sans avoir mal au ventre, mes règles sont un enfer, surtout quand elles arrivent pendant la nuit. Dans la journée, si je m’active ou si je travaille, ça va à peu près, mais le soir, ça reprend. C’est toujours le même cauchemar : les jours qui précèdent, j’ai une baisse de moral, une chute totale du désir. »

« J’en ai marre d’avoir mal au « bide » tous les mois, ça réveille mes vieux démons. »

Lorsque les femmes me signalent des règles douloureuses, des saignements trop abondants ou un syndrome prémenstruel, je leur propose de faire ensemble un état des lieux des problèmes féminins dans leur généalogie. Il n’est pas normal qu’un processus naturel soit douloureux. Avoir ses règles n’est pas un phénomène accidentel ou inattendu, saigner n’est pas une blessure. C’est tout à la fois le témoignage de sa féminité et celui de son absence de fécondation. Chez la jeune fille, l’arrivée des règles pour la première fois est une mutation, un saut qui lui fait quitter le monde de l’enfance pour la propulser dans la découverte et la construction de son avenir de femme.

Chez certaines femmes, les règles douloureuses ou trop abondantes surviennent tous les mois comme une tempête, un raz de marée, un cyclone, une inondation, une emprise. Une intrusion interfère dans leur petit bassin, les accapare, elles en sont tributaires. Pour d’autres femmes, à la place des douleurs de ventre, elles ont de terribles migraines.

Ces douleurs leur tombent dessus, handicapent leur vie plusieurs jours par mois, prennent beaucoup d’énergie, rendent leur vie fatigante pour elles-mêmes et leur entourage. À ma génération, l’explication la plus courante qu’en donnaient les mères était : « C’est normal d’avoir mal, ça passera quand tu auras un enfant. » Ce qui est loin d’être vrai. À leur époque, l’instruction de ce qu’étaient les règles n’existait pas. Rares étaient celles qui prévenaient leur fille de l’arrivée de l’événement. On l’a vu avec la mère de Nathalie qui, n’en sachant rien, a cru qu’elle était en train de mourir.

Voilà quelques-uns des propos tenus par les mères de mes clientes à l’arrivée de leurs règles :

« Mais ce n’est rien du tout ma chérie ! »

« Tu es grande, tu deviens une femme et tu seras toujours malade. C’est normal. »

« Fais attention maintenant, tous les hommes sont des salauds ! »

En se mettant à pleurer : « Ma pauvre petite fille. »

« Mais qu’ai-je fait pour avoir une fille qui souffre tant ? »

« Mon Dieu, mais vas-tu t’arrêter de grandir ! »

« Ben, qu’est ce qu’elle t’a dit la maîtresse ? »

« Tiens, tu feras tremper tes serviettes dans le bidet. »

« Désormais tu es une femme : fais attention ! »

« C’est la fin de ta liberté. Tu n’auras plus le droit de sortir. »

« Déjà ! Toi, encore si petite .»

Comment, avec de telles paroles, ces jeunes filles pouvaient-elles considérer l’arrivée de leurs règles comme un avènement positif dans leur nouvelle vie de femme?

Quelques-unes, plus nanties, étaient fêtées, mais elles peuvent se compter sur les doigts de la main. « Nous étions cinq dans la famille, pour les filles, quand nous avions nos règles, nous avions droit à un cadeau de notre choix, que nous allions acheter avec les parents. J’ai choisi une large ceinture avec un beau médaillon. » Dans un monde où nous avons perdu l’usage des rituels de passage pour célébrer l’avènement, voilà comment propulser sa fille dans un avenir adulte.

Il est important que les jeunes filles soient prévenues de l’arrivée de leurs règles, non seulement qu’elles sachent ce qui va leur arriver physiquement, mais aussi ce que représente et implique cette nouvelle situation. Physiquement, elles vont saigner tous les mois par leur sexe, le sang vient de l’utérus et s’écoule par le vagin. Il n’y a pas à en être gênée ou honteuse : c’est le fonctionnement physiologique du corps de la femme pendant sa période de fécondité quand elle n’est pas enceinte. Ce n’est pas du « vieux sang », sale et dégoûtant ; c’est une muqueuse gorgée de sang précieux, puisque c’est lui qui nourrit la vie de l’oeuf fécondé avant que le placenta soit organisé et qui s’expulse lorsqu’il n’y a pas eu de fécondation. Il faut bien sûr être préparée à cette émission de sang. De nos jours, il y a effectivement tout ce qu’il faut pour se « protéger », ce dont les médias nous informe largement. L’essentiel pour cette jeune fille n’étant toutefois pas de faire face aux saignements, mais de réaliser qu’elle passe dans un nouveau fonctionnement.

À l’arrivée des règles, les jeunes filles devraient être honorées et accompagnées sobrement par leur mère. Ces dernières devraient « marquer le coup » et leur souhaiter une vie de femme heureuse. Il n’y a ni à cacher l’événement, ni à ameuter la terre entière, mais c’est l’occasion de raconter, comment cela s’est passé pour elle-même et les autres femmes de la famille. Les mères devraient cesser d’ignorer que leurs filles ont besoin de savoir ce qu’a été la vie sexuelle des femmes qui les ont précédées. L’arrivée des règles offre ainsi l’occasion à la mère de raconter à sa fille sa propre vie de femme. Or lorsqu’elles ont elles-mêmes été traumatisées par l’arrivée de leurs règles, les mères ne savent pas dire simplement à leurs filles qu’elles grandissent et qu’elles auront à les quitter pour devenir des femmes. Ce n’est pas qu’elles veuillent brimer la sexualité de leur fille, c’est qu’elles ne savent pas parler simplement de leur propre sexualité, car la sexualité n’a pas été simple pour elles. Elles ne savent donc pas dire à leurs filles qu’elles sont elles-mêmes des femmes. Et lorsqu’elles ont été malheureuses dans leur vie de femme ou de mère, elles n’ont même pas l’idée de lui souhaiter d’y arriver mieux qu’elles. C’est pourtant la seule façon de permettre à la fille de gagner du temps et d’oser dépasser les difficultés de sa mère.

Sans la moindre parole maternelle, les filles se retrouvent automatiquement prises dans les filets ancestraux d’écueils insaisissables qui les dépassent et les immobilisent. Il est très difficile pour une fille d’arriver à faire mieux que sa mère si celle-ci ne lui en donne pas l’autorisation. Il faut toutefois que cette autorisation soit réelle, ressentie, que ce soit une parole qui raconte, une parole du cœur, une parole affective dans laquelle la mère dise sa vérité. Car si cette parole est vraie, elle renforce la sécurité de base de la fille. À l’image des fondations d’une maison qui permettent d’élever sa structure, ces informations participent à la consolidation des fondations de la fille. Elles s’intègrent en elle et consolident son socle de future femme. Elles s’impriment dans les cellules de son corps et de son sexe, et la fille, ainsi au courant de son histoire singulière, peut aborder sa vie future.

Lorsque les mères se comportent ainsi, cela a un autre avantage :c’est de leur permettre d’intégrer que leur fille a grandi et qu’elles ne peuvent plus la considérer comme leur petite fille. Les mères ont aussi besoin de se séparer de leur fille, de pouvoir s’en détacher. Être heureuse qu’elle aille bien et grandisse est une chose, c’est le plaisir d’avoir accompli sa mission, sa fonction de mère ; se détacher d’elle et lui faire confiance, en sachant qu’elle n’a plus besoin d’assistance, est une autre chose. C’est cependant aussi la mission du statut maternel. Les mères ne doivent pas s’accrocher à leurs enfants. Cet accrochage ralentit leur croissance. Si elles sont malheureuses ou se sentent lâchées, les filles, pour les soutenir, restent fixées à leur mère et ne peuvent plus s’occuper de leur vie à elles. Les mères doivent apprendre à ne pas avoir besoin de leurs enfants pour vivre, elles doivent inventer autre chose pour se dynamiser. C’est une véritable conversion, ce n’est pas toujours aisé dans la mesure où la fonction maternelle étant d’assister, nourrir et soutenir l’enfant tant qu’il n’est pas capable de le faire seul, elles ont voué toute une tranche de leur vie à cette tâche nécessaire, sans avoir suffisamment prévu que cette période était transitoire et ne durerait pas toute la vie.

Il existe aussi des mères qui n’ont pas pu trouver la disponibilité totale qu’implique la fonction maternelle. Ayant, elles-mêmes, manqué soit de modèle, soit de forces maternelles, elles n’ont pas pu contenir et soutenir leur enfant dans ses nécessités. Trop agitées ou trop fragiles, ces « mères-enfants » ou ces « mères-absentes » se sont retrouvées phobiques de la fonction maternelle. Elles se sont lancées frénétiquement dans une autre activité et n’ont pas été présentes. Elles ont lâché trop tôt leurs filles qui, perdues, ont été obligées de faire face à ce manque de soutien, en inventant des systèmes de survie pour ne pas s’écrouler. Ayant manqué de sécurité de base, ces jeunes filles risqueront plus tard de manquer d’attention à l’autre, puisque elles-mêmes n’ont pas été considérées comme elles en auraient eu besoin. Elles évoluent ainsi, sans arriver à savoir si elles existent vraiment. Ces jeunes femmes demanderont alors beaucoup à leurs hommes tout en les négligeant, comme s’il s’agissait pour elles de rattraper un manque.

Pathologies « fantômes »

Si les jeunes femmes de l’an deux mille n’ont plus honte d’avoir leurs règles, ce qui est un réel acquis de notre génération, cela n’explique pas qu’encore aujourd’hui, un très grand nombre de femmes continuent à avoir des règles douloureuses. Dans ce cas, à l’interrogatoire médical, on trouve toujours des pathologies gynécologiques qui ont atteint l’intégrité des femmes dans les générations antérieures :Ou bien, ce sont leur mère ou leurs tantes qui ont souffert de règles douloureuses ou bien ce sont leurs grand-mères et leurs arrières grands-mères qui ont été accablées de drames épouvantables : soit elles ont eu une hystérectomie, soit une ablation de l’utérus et des ovaires, soit elles sont mortes de grossesse extra-utérine, de cancer du sein ou de l’utérus ou n’ont pas survécue à la naissance de leur dernier enfant, soit elles ont eu des enfants morts, ont fait des fausses couches à répétition, ont perdu très jeunes leur mère, leurs frères ou sœurs d’épidémie ou leur père à la guerre, soit encore, elles étaient orphelines, enfant illégitime ou adoptées, sans connaître la vérité de leur histoire.

À l’époque de leurs mères et de leurs grand-mères, on taisait ces évènements sans penser que cela puisse avoir de conséquences. On ne parlait pas des drames qu’on voulait oublier, comme si le fait de les taire pouvait les faire disparaître. On se disait qu’il ne fallait rien en dire pour ne pas faire de peine aux enfants ou à d’autres personnes.

Ce n’est pas par ce qu’on occulte ce genre d’évènements, qu’ils s’effacent. Les plaies que créent ces drames de la vie et de la mort et donc de la sexualité, restent ouvertes dans l’inconscient et ne peuvent cicatriser . Le deuil de ces malheurs ne peut se faire puisqu’on ne peut s’en faire une juste représentation. Comme ces traumatismes n’ont pas pu être ni acceptés, ni digérés, ils se transmettent dans la succession en y produisant des « pathologies fantômes ». Les secrets et les non-dits enkystent la pensée et l’empêchent de se donner une vision claire de la vie. Il se crée alors une crypte en nous dans laquelle ces traumatismes sont toujours actifs et ont besoin de s’exprimer d’une façon ou d’une autre.

« Le syndrome prémenstruel »

Ces forces occultes que nous portons en nous qui s’expriment par des troubles rythmés par les règles, ont été appelé par la médecine, « le syndrôme prémenstruel ». Pour les unes, ce sera de la mauvaise humeur, de la vulnérabilité, de l’insatisfaction, de la tristesse ou de la violence dans laquelle elles en veulent à la terre entière, et pour d’ autres, ce sera de l’apathie, de l’inertie, de l’épuisement ou des dépressions sans compter les douleurs des seins, le ballonement du ventre, le gonflement des chevilles et des jambes, les nausées et vomissements et les maux de tête pouvant se manifester comme de terribles migraines.

C’est en réponse à mes questions que mes patientes découvrent le poids que représente l’héritage des femmes de leur famille. Je leur demande alors de mener une enquête, afin de connaître les faits marquants de la vie sexuelle de leurs ancêtres, d’interroger leur mère, tantes et grand-mères pour savoir comment elles ont vécu leur vie de femme et de mère, d’être attentives aux dates de naissance, de mariage, de séparation, de maladie et de mort afin de voir si certaines se répètent.

C’est ainsi qu’elles comprennent que leurs douleurs sont le témoignage des souffrances antérieures des femmes de leur famille que leur utérus essaie d’expulser. Ces douleurs de règles se présentent souvent comme des contractions. Et si le bas-ventre se tord ainsi de douleurs, c’est qu’il rencontre un obstacle, un nœud, quelque chose qui le gêne, l’embarrasse, et qu’il tente d’expulser de cette façon. Il en est de même lorsque les saignements sont trop abondants[2], puisque c’est une autre façon qu’a le corps d’essayer de se dégager de quelque chose qui l’encombre en l’éliminant. Toutefois, dans ces cas, il n’y a rien à éliminer physiquement. L’examen de ces femmes est normal, puisque les obstacles que rencontre l’écoulement des règles ne se situent pas dans la dimension physique du corps. Ces blocages se situent dans ce qu’on appelle « le corps énergétique », « émotionnel » et « mental » qui signalent des traumatismes encore « à vif ». C’est dans le psychisme et l’émotionnel, et non dans le corps physique qu’est l’origine de ces troubles qui se transmettent de mère en fille. C’est donc par la parole avec sa mère ou avec un thérapeute qu’on arrive à leur donner un sens et qu’on les résout.

Il est important d’expliquer aux jeunes filles qu’elles ont été configurées comme leurs mères et comme les femmes de leur famille. Souvent j’ai constaté que cette information suffisait à dissoudre leurs douleurs. Comprendre que leurs troubles ne leur appartiennent pas en propre, mais proviennent d’une histoire passée, suffit à prendre son corps en main et y remettre de l’ordre. Les plus jeunes ajoutent avec humour « mais alors, ces gros seins et ces grosses cuisses ne sont pas non plus les miens ! » Dans ce cas, un travail énergétique les aide à récupérer leurs formes ainsi qu’un fonctionnement corporel normal.

Si les douleurs de règles ou leur trop grande abondance inaugurent l’héritage pathologique des femmes de la famille, plus tard dans notre vie de femme, les maladies gynécologiques en seront le témoignage.

Les maladies gynécologiques et leurs origines

Françoise me consulte par ce qu’elle a un fibrome pour lequel la chirurgie est préconisée. Son utérus a augmenté de volume, ses règles sont abondantes et la fatiguent. Elle aimerait essayer un traitement énergétique plutôt que de se faire d’emblée enlever l’utérus. Elle a 43 ans. L’interrogatoire généalogique m’apprend que sa sœur aînée a eu une l’hystérectomie (ablation de l’utérus ) à 44 ans, que sa tante, la sœur aînée de sa mère, en a eu une à 44 ans et que sa mère a aussi subie cette même opération à 43 ans. Françoise est la deuxième fille de trois enfants. Elle a trois ans de différence avec sa sœur aînée et elle est suivie d’un garçon de deux ans plus jeune. À la génération qui la précède, celle de sa mère, elles sont deux filles, elles aussi espacées de trois ans. Sa mère est la seconde et elle est suivie, à deux ans d’intervalle, d’une fausse-couche hémorragique. Poursuivant ce travail avec moi, Françoise apprend qu’à la troisième génération, sa grand-mère maternelle est morte en couches à 43 ans, en mettant au monde un garçon qui ne lui a pas survécu.

Dans sa lignée paternelle, son père, Bertrand, est le dixième de douze enfants. Il porte le prénom du neuvième enfant décédé avant sa naissance et il est suivi d’un onzième^^enfant qui lui aussi est mort en bas âge. Encadré de deux frères morts, ce père porte ainsi en lui la mort depuis sa naissance.

Ces informations et les répétitions qu’elles dévoilent sont, dans ce cas, si évidentes qu’elles font révélation. Françoise savait qu’elle suivait le même sort que sa mère et sa sœur, mais elle n’avait pas fait le lien avec la mort en couches de sa grand-mère maternelle au même âge qu’elle, dont on ne lui avait jamais parlé. Elle savait que sa grand-mère était morte alors que sa mère était encore petite, mais les circonstances exactes de cette mort avaient toujours été éludées. Françoise ignorait donc que sa grand-mère était morte en mettant au monde un garçon qui lui aussi était mort. Elle n’avait jamais pu en parler à sa mère, car à la moindre question, celle-ci sombrait dans un profond chagrin et se mettait à pleurer : il fallait taire l’événement, ne jamais aborder cette partie de l’histoire. Or Françoise avait spontanément, comme tout enfant le fait, soutenue et assistée cette mère déprimée, sans savoir que sa dépression venait de ce qu’elle n’avait jamais accepté la mort de la sienne et de son petit frère, elle n’en n’avait jamais fait le deuil.

Lorsque des drames sont ainsi tenus secrets, ils prennent dans l’esprit des descendants, l’aspect d’un « fantôme » au sens psychanalytique du terme[3], c’est-à-dire un « trou opaque et vide » qui se substitue aux représentations de la mort de la grand-mère et du petit frère. Le fil de la succession des générations est ainsi parasité par cet enkystement, ce « fantôme » qui , se transmettant inconsciemment de mère en fille, s’y présente comme une « pathologie de lignée ». Le traumatisme a provoqué un « arrêt sur image" où se bloque la dimension cyclique du temps puisque le fibrome de Françoise réactualise un événement qui s’est produit au même âge deux génération plus tôt.

La répétition est un phénomène pour l’apprentissage et l’intégration des évènements de la vie.Elle fait partie du psychisme humain . nous avons tous été structurés par le tissage des énergies de l’histoire de nos deux lignées et nous transmettons à nos enfants un état d’être qui leur donne les fondations de leur propre structure. C’est ainsi que la vie se répète, et comme ces répétitions surviennent à des âges ou des dates semblables, Anne Ancelin Schützenberger a conceptualisé ce phénomène en l’appelant le « syndrome d’anniversaire[4] ».

Les répétitions ne sont pas toujours aussi démonstratives que dans l’histoire de Françoise. Il est néanmoins troublant de découvrir que des similitudes de dates de naissance, de mort, d’accident ou de maladies se reproduisent dans les évènements marquants de la vie.

A ce niveau, les troubles gynécologiques de la femme, qu’ils soient fonctionnels[5] ou organiques[6], traduisent toujours des encombrements qui proviennent de leurs lignées de femmes. Les symptômes gynécologiques se signalent alors principalement de deux façons :soit ce sont des troubles rythmés par leur cycle : lourdeurs, douleurs ou ballonnements du ventre, des seins ou des jambes, irrégularités du cycle, saignements de l’utérus, fatigues générales, changements d’humeur, irritabilité, vulnérabilité et insatisfaction , soit ce sont des maux qui se sont installés : une prise de poids qui prédomine au niveau des seins, du ventre et des cuisses, des extrémités froides, pieds, mains et fesses gelés , des maladies à type de tumeurs bénignes fibromes, kystes ou malignes et cancers.

Les symptômes engendrés les « pathologies de lignée »

Les symptômes quels qu’ils soient, que nous ayons incorporé les forces énergétiques de notre histoire familiale ou que nous tentions de les fuir, celles-ci sont forcément présentes en nous, et si nous n’en prenons pas conscience, nous y restons inconsciemment reliées.

La plupart des troubles fonctionnels ont grandement diminué avec l’apparition de la pilule puisqu’elle met les ovaires au repos. Comme les hormones de la pilule remplacent celles que les ovaires devraient secréter, la synergie entre l’hypophyse et les ovaires est coupée. Les ovaires ne sont donc plus soumis à l’influence des désarrois psychiques et émotionnels. Ils sont momentanément mis de côté, et comme la pilule coupe le fil de la procréation, donc de la succession des générations, l’état de santé des femmes est de ce fait moins fluctuant. La pilule permet aux femmes de récupérer leur dynamique personnelle sans être encombrées de l’héritage des générations qui les précèdent.

Toutefois, l’intolérance au traitement hormonal n’est cependant pas exceptionnelle. Dans ce cas, le surplus hormonal que constitue la pilule ne fait qu’accentuer leurs troubles. Elles ont alors l’impression d’étouffer, comme si elles implosaient en elles-mêmes, sans pouvoir trouver de voie d’émergence, sans le savoir enfermées et prisonnières dans l’histoire de leurs lignées.

La stérilité et l’infécondité.

Les problèmes d’infécondité où la femme est enceinte, fait des fausses couches à répétition sans pouvoir mener une grossesse à terme, la stérilité du couple qui n’arrive pas à avoir un enfant alors que rien ne l’empêche médicalement ou encore les grossesses involontaires où la femme est enceinte sans l’avoir prévu, témoignent de l’impact direct du phénomène transgénérationnel : l’origine est ancestrale.

Pour les cas de stérilité, lorsque les examens sont normaux mais que l’enfant n’arrive pas, il y a bien un blocage mais celui-ci n’est pas physique : la femme ovule, l’homme a des spermatozoïdes fécondants, le passage est libre dans les trompes et l’utérus et alors que rien ne fait obstacle physiquement à la fécondation, force est de constater que quelque chose d’autre l’empêche. Le désir des deux protagonistes est là sans aucun doute, si ce n’est que quelque chose les entrave, les empêche de muter du statut de fille ou de fils à celui de père et de mère, les empêche de se prolonger. Ces couples ont à faire un travail personnel, souvent très fructueux, afin de se déloger de la place d’enfant dans laquelle ils ont été contraints de rester enfermés. Généralement, ils ne savent pas que ce qui fait barrage à leur projet de devenir parent provient de leurs histoires familiales respectives.

Les grossesses indésirées.

Dans les grossesses indésirées, c’est comme si le corps de la femme était directement connecté à la façon dont la mère avait fait ses enfants. La femme est alors enceinte à l’âge où sa mère l’a été pour sa propre conception ou celles de ses frères et sœurs ou ses accidents gynécologiques. Etre enceinte exprime alors une répétition généalogique et l’interruption de grossesse va tenter de l’en dégager pour pouvoir naître à elle-même. Les grossesses indésirées ne sont en ce sens jamais anodines mais elles ne correspondent pas toujours, comme il l’est généralement interprété, à un désir d’enfant. Il est important de pouvoir y mettre du sens. Bien que le désir de maternité ne soit pas remis en cause dans l’avenir, cette grossesse ne correspond pas à un désir d’enfant dans le partage avec un homme. La femme est entre elle et son histoire et l’homme aussi. Ils découvrent qu’ils ne sont pas stériles mais ils n’ont pas fait un enfant ensemble.

Soit la femme en a l’intuition, elle n’est pas triste, elle ne ressent pas le désir de cet enfant : elle est alors confrontée au fait d’avoir dû en passer par son corps pour grandir, elle n’a pas su être conséquente avec sa contraception. Soit elle est triste et malheureuse et il est important qu’elle comprenne que sa douleur ne correspond pas à l’enfant mais à l’émotion de se séparer de son histoire maternelle. Dans ces cas, la recherche généalogique est la même que pour les règles douloureuses. Il s’agit là encore d’explorer l’héritage des femmes qui nous précèdent, en axant les recherches sur les maladies, les deuils, la façon dont elles ont fait leurs enfants ainsi que les éventuelles répétitions de dates. C’est ce que Didier Dumas a conceptualisé sous le terme « d’impensé maternel »[7] qui ne désigne pas tant la façon dont notre mère nous a encombré, mais comment cette mère a elle-même été somatiquement encombrée par un héritage ancestral traumatique.

L’importance de connaître sa généalogie.

Toutes les traditions considèrent que nous héritons de nos ancêtres, qu’ils nous transmettent aussi bien leurs forces que leurs faiblesses, et que ces dernières peuvent se manifester en nous sous la forme de maladies physiques ou psychiques. Ces maladies dont l’origine est ancestrale, ces « maladies de lignée » peuvent nous « posséder », devenir récidivantes ou chroniques. Pour s’en défaire, il est indispensable de connaître notre histoire transgénérationnelle, puisqu’elle forme le terrain sur lequel elles se déclarent.

Considérer la dimension transgénérationnelle de notre existence permet de nous situer à nouveau dans la dimension universelle de la vie. Nos enfants nous prolongent, tout en nous mettant à une place d’ancêtre futur, de parent, de grands-parents, puis d’arrières grands- parents. La mort étant indissociable de la vie, notre place de naissance dans la succession des générations, nous fait hériter de nos ancêtres, et nous transmettons ce qu’ils nous ont donné à nos enfants et petits-enfants. En vivant, nous véhiculons donc automatiquement du savoir et des traditions, comme le reconnaissent les peuples qui vouent un culte à leurs ancêtres. Chez nous le rapport aux ancêtres peut prendre une forme consciente ou inconsciente, et c’est celle-ci qui s’exprime dans les symptômes

La vie est un processus continu et cyclique dont la mort fait partie. Les adultes mettent leurs enfants au monde et accompagnent leurs parents jusqu’à leur mort. La mort qui constitue le vide créé par la perte de la personne aimée[8]. perd alors son caractère de drame personnel, Il devient normal que les « vieux » nous quittent. Ils ont accompli leur vie à leur manière. Il est important de les respecter, de les accompagner et leur dire au revoir, autant pour les soutenir que pour intégrer leur départ.

Bien évidemment cela n’empêche pas la tristesse et le chagrin de ne plus pouvoir côtoyer la personne aimée, mais au lieu d’en être capturée et pétrifiée de douleur, il est important de pouvoir replacer cette mort dans un contexte plus large, ce qui permet de considérer l’événement autrement.

Quand il s’agit d’une personne plus jeune qui meurt prématurément d’accident ou de maladie, le caractère normal et naturel du passage inéluctable de la vie à la mort fait défaut. Toutefois, cette mort prématurée n’est pas obligatoirement le fruit d’un pur hasard. C’est ce dont témoigne la psychanalyse transgénérationnelle. Certaines fois, elle peut s’expliquer par un processus de répétitions de dates, d’âges, de lieux géographiques, de drames cachés ou ignorés. Les différentes morts au même âge que l’ancêtre dans sa fratrie, la mort en couches des mères, la mort néo-natale des nourrissons, le suicide, les cancers ou toutes autres maladies, les morts à la guerre, les génocides..

Notre civilisation a perdu le sens de l’importance de la mémoire des ancêtres. Alors que nous n’avons plus de croyances, de rituels, ni de mythes référés à la mémoire ancestrale, faire son arbre généalogique c’est reconnaître la façon dont nos ancêtres ont vécu. Le découvrir tout en sachant ce que nous voulons savoir, c’est reconnaître la place qui nous a été attribuée. Ce n’est pas une simple curiosité, mais une prise de contact avec les personnes qui nous ont précédées grâce auxquelles nous sommes vivants : comment ont-ils vécu ? Ont-ils apprécié leur vie ou bien sont-ils restés dans leurs enfermements ? Ont-ils été déprimés, des violents, des enfants malheureux, des affairistes, des aventuriers, des créateurs ou ont-ils eux-mêmes répété leur histoire familiale ? Au fur et à mesure que l’on construit son arbre, émergent les origines de nos répétitions, de nos freins, de nos échecs, de nos peurs et de nos maladies, mais aussi de nos talents, de nos capacités et de nos compétences.

Les effets du génosociogramme.

Faire son génosociogramme permet de se connecter à l’énergie de ses ancêtres. C’est un outil qui opère une remise en ordre, puiqu’il permet de se réapproprier son histoire personnelle. Il agrandit notre histoire dans la mesure où nos parents et notre famille nous l’ont présenté « à leurs façons », dans leur vérité, et que nous entreprenons de nous la représenter nous-même, à notre façon. Replacer nos ancêtres dans leur contexte de vie nous permet de les comprendre, de constater qu’ils ont eu aussi une histoire et de dissoudre les rancœurs ou les idéalisations. Il ne s’agit pas de se séparer d’eux mais de percevoir comment on les prolonge. En les acceptant tels qu’ils sont, on va pouvoir prendre notre place. En ce sens, le génosociogramme est une recherche qui permet d’accepter son histoire et nous dégage des non-dits, des omissions ou des mensonges de notre légende familiale.

Faire son arbre consiste à honorer nos ancêtres en les faisant exister à nouveau. Cela commence par une quête d’informations auprès de nos parents et grands-parents, de leurs proches, mais aussi dans les registres des administrations. Cette quête permet de faire connaissance avec ceux que l’on a pas connus, de découvrir les conditions dans lesquelles ils ont été conçus, le milieu dans lequel ils ont évolué, comment ils ont mené leur vie d’homme, de femme, de père, de mère, de frère ou de sœur, et quels ont été leurs amours licites et illicites etc…Quelle que soit leur histoire, nous nous donnons une représentation de ces ancêtres, et par là-même, des forces énergétiques qui les ont constituées et qu’ils ont véhiculées. En les faisant revivre, nous libérons ces forces bloquées dans du secret et de l’ignorance. En redonnant du sens à leur histoire, nous rétablissons du lien, de la communication et de la souplesse. Un courant passe à nouveau qui éclaire notre propre structure.Voilà en quoi la réalisation de son génosociogramme nous libère des liens inconscients qui nous ligotaient, et nous donne la force de nous propulser pour nous construire et aller de l’avant. Devenir nous-mêmes n’est pas trahir nos ancêtres, ni les abandonner, c’est au contraire leur témoigner que ce qu’ils nous ont transmis nous permet de devenir ce que nous sommes : ils peuvent reposer en paix, être contents et satisfaits d’eux-mêmes.

La vie nous pousse à avancer et nous n’avons pas à attendre que ce soit des membres de notre famille qui nous propulsent. S’ils en avaient été capables ou s’ils avaient su le faire, ils l’auraient déjà fait. En faisant son arbre généalogique, il ne s’agit donc pas de savoir si nous aimons nos ancêtres ou si nous leur en voulons, mais de reconnaître ce qu’ils ont été. Nos ancêtres sont nos fondations, notre socle. Nous les retrouvons pour leur dire au revoir, ils n’ont plus à occuper notre attention. Avec l’énergie que nous récupérons ainsi, nous nous fabriquons un nouveau socle et ceci nous permet et nous force à avancer, à être créateur de notre propre vie. Ainsi nous les prolongeons sans en être dépendants. C’est cela qui fait du génosociogramme non seulement un acte de séparation mais aussi de « prolongation ».

Sans ce travail de repérage de sa place généalogique, les femmes et les hommes ont une telle capacité à adopter ou à protéger la « légende familiale officielle » qu’ils perpétuent sans s’en rendre compte les souffrances, les maladies, le mensonge, le dénie et les échecs que véhiculent les « maladies de lignée ». Que se passe-t-il en effet lorsqu’on se comporte ainsi ? Comme c’est alors le mensonge qui nous constitue, la transmission se brouille, la vérité se perd, et nous nous retrouvons séparés des liens d’ancrage à nos ancêtres. Si nous ne pouvons pas connaître la vérité de notre histoire, nous flottons sans trouver où s’appuyer, car nous manquons de socle et de soutien pour nous construire. Or cette vérité qui nous concerne mais que nous ignorons, continue elle, à se manifester et à agir, en quelques sortes, pour son propre compte. Ce qui se traduit, dans sa vie, par des phénomènes d’histoires répétitives à travers lesquels ce passé essaie de se faire entendre.

Ces phénomènes de répétitions sont dus au fait d’agir, non pas en accord avec sa propre pensée et ses désirs personnels, mais en étant inconsciemment agis par ces structures énergétiques appelées « fantômes » que décrivent Didier Dumas et Anne Ancelin Schützenberger[9] et qui transforment l’individu en « Dr Jekyll et Mr Hide ».

Il en est ainsi, car nous nous construisons en dupliquant les caractéristiques familiales et collectives de nos parents. Mais comme cette assimilation est inconsciente, si nous n’y prenons garde, elle peut prendre la direction de notre vie.

C’est cette transmission ancestrale qui constitue notre mémoire cellulaire. Le processus de duplication est un phénomène physiologique qui permet à cet héritage de se transmettre de génération en générations, il est donc illusoire de vouloir lui échapper. Si nous essayons de fuir notre héritage, nous n’arrivons qu’à le renforcer et lui donner plus d’énergie. Pour se sortir de ces répétitions, nous devons commencer par les reconnaître, les accepter et ne plus en être heurtés. Que l’on ait eu à se construire avec cet héritage,n’est pas grave, l’important est d’y ajouter sa « touche personnelle » afin de pouvoir construire sa propre personnalité.

Si nous en avons vraiment « l’intention », prendre conscience de nos mimétismes d’identification est le premier constat qui va permettre le changement et la transformation. Mathilde, par exemple, à qui j’avais conseillé de faire son génosociogramme, en a pris conscience en faisant le rêve suivant :« C’était au cours du banquet d’une fête de famille. Je me retrouvais avec des ancêtres paternels et maternels qui m’étaient presque tous inconnus. L’ambiance des retrouvailles est chaleureuse et me donne beaucoup de joie et de force intérieure qui m’étonnent. Mais au fur à mesure que le temps passe, je commence à me sentir oppressée, fébrile, isolée et étouffée. Je réalise alors avec surprise que je suis reliée à mes ancêtres par des chaînes et, à ma grande stupeur, je découvre que c’est moi qui tiens les chaînes ».

Bien que, dans les maladies gynécologiques, les transmissions maternelles soient les premières à explorer, il est important de comprendre en quoi notre héritage implique nos deux lignées. Comme l’a expliqué Didier Dumas dans son livre « L’Ange et le Fantôme », c’est la similitude ou la complémentarité des fantômes dont est porteurs chacun des parents qui se transmet d’une génération à l’autre. C’est pourquoi il est important, pour les femmes, de ne pas éluder l’exploration de leur lignée paternelle. Ne dit-on pas « Ils se sont rencontrés pour le meilleur et pour le pire ». Dans le cas du fibrome dont souffrait Françoise, le fait que son père soit entouré de deux frères morts est ce qui lui a permis de comprendre qu’il ne pouvait pas aider sa femme et ses filles à se dégager de la mort de la grand-mère et du petit frère.

Dans ce genre de pathologies, le travail de restauration est, à mon sens, double, dans la mesure où il porte sur deux parties différentes de nous-mêmes. D’une part, sur notre axe vertical où il s’agit remettre de l’ordre dans la connaissance ses ancêtres, et d’autre part, sur notre axe horizontal, où c’est le travail énergétique qui agit sur le corps.

Pour Françoise, retrouver que sa grand-mère était morte à 43ans, lui a permis de donner du sens à son fibrome, ainsi qu’aux hystérectomies des femmes de sa famille. Connaître les circonstances de la mort de sa grand-mère lui a fait comprendre que cette grand-mère avait elle-même sa propre histoire, qu’elle était, elle aussi, porteuse d’un fantôme qui venait de plus haut dans les générations précédentes. C’est ce genre de découverte qui recrée du lien dans la succession des générations.

Au niveau de son traitement énergétique, il s’agissait de redonner vie à son utérus qui s’était figé et avait perdu son élasticité, puisqu’il avait été déserté de ses énergies nourrissantes au profit de l’énergie du « fantôme de la grand-mère ». Son utérus avait augmenté de volume et saignait, car il était le siège d’une hyperactivité pathologique d’autant plus sournoise et souterraine qu’elle ne provoquait aucune sensation particulière. Alors que cet organe aurait dû être au repos, n’étant pas sollicité par une nidation, il était animé et avait grossi, témoignant de cette façon d’un surplus d’énergie inappropriée.

La médecine chinoise considère que, dans ce cas, l’utérus est le siège d’une perturbation, une « énergie perverse[10] » qui l’active à son insu. Le traitement consiste alors en un apport d’énergies nouvelles centré sur le petit bassin, l’utérus et leurs liaisons au reste du corps. C’est par la pensée reliée à la sensation que je lui apprends à investir son petit bassin, de le sentir et d’intégrer son utérus en elle comme étant réellement le sien, vivant, et non plus celui de ses grands-mères ou arrière grands-mères.

Pour être en bonne santé, nous devons nourrir notre être authentique. C’est de découvrir et de respecter ce qui est bon pour nous qui nous sort du cycle de la répétition. Sans ce travail sur soi-même et sa famille, un grand nombre de femmes restent, sans le savoir, dépendantes de secrets de familles antérieures à leur naissance : histoires d’amour licites ou illicites, questions d’honneur, drames, maladies ou deuils qui n’ont pas été réglés dans les générations antérieures. Si nous manquons de vigilance, si nous ne savons pas prêter attention à l’expression de nos troubles et si nous refusons de regarder en quoi la répétition transgénérationnelle nous structure en bien comme en mal, nous risquons d’en être d’autant plus atteint. À vouloir ignorer que la vie est ainsi faite, nous nous exposons, en effet, à être rappelées à l’ordre par le code aussi invisible qu’implacable de la succession des générations, comme cela s’entend par exemple dans le langage courant lorsqu’on y dit : « Elle est morte de la maladie de sa mère ». Même si, dans l’état actuel des sciences, nous ne savons pas encore comment ce code se transmet, nous savons par contre que les forces qu’il véhicule sont extrêmement puissantes. Depuis trois générations, alors que la vie des femmes a radicalement changé, l’habitude ancestrale de taire tout ce qui pose problème dans la sexualité et la mort, en le tenant secret, est, elle, toujours active.

La phrase "Tu transmettras tes fautes sur trois ou quatre générations" est la traduction de comment nous sommes dépendants de notre histoire ancestrale et ce, depuis la nuit des temps.

Notes

Cet article est extrait de mon livre Femme désirée, femme désirante aux éditions Payots.

  1. crypte : L’écorce et le noyau. Nicolas Abraham et Maria Torok qui les premiers ont nommé la notion de fantôme

  2. Des mots pour le dire, Marie Cardinale.

  3. Nicolas Abraham, L’écorce et le noyau, Aubier-Flammarion, Paris, 1978.

  4. Anne Ancelin Schutzenberger , Aïe mes aïeux, Desclée de Brouwer, Paris,

  5. Troubles fonctionnels : déséquilibre qui n’est pas inscrit dans le corps physique. Dans ce cas, l’examen des organes atteints est normal mais les troubles l’atteignent dans sa fonction.

  6. Troubles organiques : les organes sont atteints, il y a présence d’un kyste, d’un fibrome d’un cancer

  7. Didier Dumas, L’Ange et le Fantôme, Minuit, Paris, 1985.

  8. A l’épreuve de la vieillesse, Aude Zeller, ed. DDB 2003

  9. Didier Dumas,*L’Ange et le Fantôme, op. cit., Hantise et clinique de l’autre,*Aubier Flammarion, Paris, 1989. Anne Ancelin Schützenberger, *Aïe mes aïeux,*Desclée de Brouwer, Paris, 1993.

  10. Énergie perverse : « pervers » veut dire « voie à l’envers ». En médecine chinoise, on distingues plusieurs qualités d’énergie : les énergie nutritive et défensive qui prennent en charge la vie du corps et des organes, et les énergies perverses qui nous parasitent et créent des maladies.

Bibliographie:

Voir aussi:

L'auteur

Danièle FLAUMEMBAUM

Danièle FLAUMEMBAUM